13.06.2022 - Flossbach von Storch

"La BCE est en mauvaise posture"


"La BCE est en mauvaise posture"

L'inflation reste élevée - peut-être plus longtemps que prévu. Les banques centrales peuvent-elles encore s'y opposer ? Un entretien avec Bert Flossbach.

Monsieur Flossbach, l'inflation dans la zone euro a récemment dépassé les 8 %. La hausse des prix est un problème majeur pour de nombreux citoyens. Que faut-il faire maintenant ?
Bert Flossbach : Eh bien, une valeur stable de l'argent est en fait une tâche essentielle pour toute banque centrale - ou du moins devrait l'être. Et l'inflation est plus tenace que ne le prévoyaient nos responsables de la politique monétaire il y a encore quelques mois. Cela met les banques centrales dans une situation délicate.

Veuillez nous expliquer cela plus en détail.
Pour lutter contre l'inflation et défendre la valeur de la monnaie, les banques centrales doivent augmenter les taux d'intérêt. Ce faisant, elles ne doivent évidemment pas déclencher une profonde récession. Ce n'est pas si simple, car outre la guerre en Ukraine et la hausse vertigineuse des prix de l'énergie, des goulets d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement mondiales et un ralentissement de l'économie chinoise menacent la croissance économique.

La Réserve fédérale américaine (Fed) est nettement plus active que ses homologues de la zone euro.
Avec sa deuxième hausse des taux d'intérêt, cette fois-ci deux fois plus forte que d'habitude (0,5 point de pourcentage), la Fed a relevé ses taux directeurs dans une fourchette de 0,75 à 1,0 pour cent. D'autres hausses de taux annoncées et la réduction du stock d'obligations sonnent le glas de la politique monétaire ultra-accommodante. Il reste toutefois à voir si cela suffira à lutter efficacement contre l'inflation.

A quel niveau les taux d'intérêt devraient-ils augmenter pour lutter efficacement contre l'inflation ?
Il n'est malheureusement pas facile de répondre à cette question, car l'inflation a de nombreuses causes. Nous faisons volontiers référence aux "trois D", à savoir la démondialisation, la démographie et la décarbonisation. Actuellement, il vaut peut-être la peine de jeter un coup d'œil en arrière. Dans les années 1980, l'inflation aux États-Unis a atteint 15%. L'ancien président de la banque centrale, Paul Volcker, a alors relevé le taux directeur à 20 pour cent à court terme.

C'est un taux d'intérêt qui semble aujourd'hui totalement illusoire.
Dans les circonstances actuelles, une telle politique monétaire serait probablement vouée à l'échec. De plus, la situation de la BCE est bien plus compliquée que celle des Etats-Unis. En effet, notre banque centrale doit non seulement défendre la valeur de la monnaie, mais aussi maintenir la cohésion de l'euro.

Le président de la BCE, Christine Lagarde, a récemment annoncé la fin des achats nets de titres, qui sera probablement décidée en juin. Le taux de dépôt négatif devrait alors être de l'histoire ancienne en août.
La suppression prévue du taux de dépôt négatif ne devrait pas avoir d'influence notable sur l'évolution de l'inflation. A cela s'ajoute le fait que le rendement des emprunts d'Etat italiens à dix ans a entre-temps repassé au-dessus de la barre des trois pour cent. La hausse des rendements pourrait se poursuivre avec la fin des achats d'obligations.

Une nouvelle crise de l'euro menace-t-elle ?
Nous n'en sommes pas encore là. Mais l'Italie ne peut pas se permettre de payer des taux d'intérêt nettement plus élevés à long terme, compte tenu de son immense montagne de dettes. Si la BCE se voyait un jour à nouveau contrainte d'acheter des obligations d'Etat italiennes pour éviter une crise financière, cela saperait évidemment sa crédibilité en tant que gardienne de la valeur de la monnaie.

Si nous devons maintenant vivre plus longtemps avec une inflation plus élevée, quelles en seront les conséquences pour notre économie ?
Au cours des prochains mois, l'évolution de l'inflation et l'impact des difficultés d'approvisionnement sur l'économie devraient être les facteurs déterminants pour le marché. Pour les entreprises, cela a bien sûr des conséquences très concrètes. Elles doivent compenser la hausse des coûts des intrants par des augmentations de prix correspondantes. Mais pour cela, il faut un pouvoir de fixation des prix dont seules les entreprises performantes disposent. En tant qu'investisseurs, nous recherchons de manière ciblée des actions de telles entreprises, pour autant que le prix soit approprié.

Les bourses ont récemment connu des fluctuations de cours significatives.
Cela ne devrait pas perturber les investisseurs orientés vers le long terme, d'autant plus que la situation actuelle peut aussi offrir des opportunités. C'est notamment le cas lorsque certains segments de marché sont sanctionnés de manière excessive. Les récentes baisses de cours, parfois importantes, ont par exemple touché des actions d'entreprises de premier ordre dans le secteur technologique.

Monsieur Flossbach, nous vous remercions pour cet entretien.

 

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